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Jeudi 19 octobre 2006 4 19 /10 /Oct /2006 20:06

J’avançai comme le cadavre ambulant que j’étais, les lèvres rouges de sang de ma victime. J’éprouvais une satisfaction morbide après avoir accomplit ce forfait, ce meurtre, alors que dans ma vie mortelle, cela n’aurait même pas effleuré mon esprit... Je me disais que cela devrait surement s’aggraver avec le temps.
Je ne me suis pas inquiété pour ma nouvelle nature jusqu’à la sortie du mausolée. Je me faisais une joie de parcourir l’obscurité d’un pas assuré, d’observer la lueur pâle des torches avec un sourire malicieux ainsi que... d’écouter, étouffé par les murs de pierres, le bruit enchanteur de l’orage que j’entendais de dehors, ainsi que de regarder la lumière vive, blanche et pure des éclairs au travers des vitraux colorés.
Ce n’était plus moi. Ce n’était plus moi qui admirais toutes ces choses qui me paraissaient si fascinantes, et que je n’aurais jamais remarquées dans ma vie. Ce n’était plus moi. J’avais laissé mon humanité au même endroit que ma mort, dans cet immense chaudron infernal duquel Mortanius m’avait arraché... A présent, plus rien ne serait jamais comme avant, plus rien du tout... J’étais comme un nouveau né. Un bébé... Pas innocent, mais qui avait tout à apprendre, de cette non-vie que je venais de choisir, comme un imbécile...
L’épée à la main, je poussais du bout des doigts la porte double du mausolée. La porte était très épaisse, pourtant, je ne ressentis aucune difficulté à la pousser. La seule chose que je ressentis, ce fut une douleur indéfinissable. Faible, mais inconnue de mon corps de mortel d’autrefois. Je rentrais immédiatement et tendis la main au-delà du seuil... Sans doute étais-ce parce que c’était la première fois... Je ressentis simplement une chaleur intense dans le creux de ma main, comme si Nosgoth était soudain passé de l’hiver à l’été. Ma nature de vampire se révélait d’elle-même à moi, mais de la façon la plus brutale qui soit, car je ne m’attendais vraiment pas à une telle cruauté de la lumière...
Malgré la chaleur du soleil qui pourtant se couchait, je m’avançais dans cet élément qui à présent me détestait plus que moi...
Je l’avais présumé auparavant, que le mausolée se trouvait à proximité d’un cimetière. A présent, j’en avais la conformation. C’était un endroit sinistre entouré de grilles rouillées, des herbes folles mal taillées qui poussent jusque sous les pierres de sépultures grisâtres... Les unes, simplement faites de deux planches de bois clouées l’une sur l’autre, les autres, plus nobles, constituée d’une belle croix en bronze. Mais quelles qu’étaient les formes de ces sépultures, elles étaient toutes aussi sinistres les unes que les autres. De mon vivant, j’ai probablement été tenté d’aller regarder les noms sur ces tombes, pour m’indigner des nobles personnes qui avaient été enterrés ici dans cette terre pourrie par les pluies et les vers, mais en ces instants, rien d’autre ne m’intéressait... Aucune autre raison n’aurait pu me détourner de ce qui était devenu depuis ma résurrection, mon but ultime : Faire payer au centuple ce que j’avais subi, tuer mes assassins, et cracher sur leur cadavre !
Je me rendis compte que ce cimetière était bien plus grand que je ne m’y attendais. Plusieurs mausolées, avec le mien, avaient été construits à divers endroits. N’ayant plus de vie à perdre, j’étais très curieux de voir les mystères qu’ils pouvaient receler, mais ma vengeance, elle, ne pouvait attendre...
A la sortie du cimetière, je tombais sur un petit sentier forestier, c’est à ce moment que j’appris une nouvelle chose ce ma nouvelle nature, encore une fois, à mes dépends... Le soleil était en train de se coucher et je sentais mes forces renaitre... Cela, jusqu’à ce que la pluie se mette à tomber. Pour les êtres vivants, ce n’était qu’un simple contact humide, tout à fait inoffensif, mais pour la créature de la nuit que j’étais devenu, cet innocent phénomène naturel devint soudain un contact acide ! Ce n’était pas suffisamment mortel pour m’arrêter, mais j’en vins rapidement à la conclusion que si une simple goutte d’eau pouvait brûler ainsi ma peau, alors il me serait désormais impossible de pouvoir traverser à pied une rivière ou une étendue d’eau... Sans que mon corps ne devienne cendres calcinés.
Lorsque la nuit fut tombée, je me sentis soudain plus fort, malgré les multiples petites brûlures que l’averse m’occasionnait sur mon crâne et sur mes bras, au travers de ma côté de maille.
Alors que j’avançais, pris par la faiblesse et la faim, malgré le peu de sang que le fossoyeur avait eu à m’offrir, j’attendis plusieurs bruits de bottes, tapant sur l’herbe comme pour la punir. J’ignorais de qui il pouvait s’agir, mais je ne désirais pas éviter les propriétaires de ces bottes. Etait-ce moi ou eux qui fûmes le plus surpris... Je ne pourrais jamais le dire. Mais voilà que je reconnus quatre des têtes encapuchonnées qui m’avait attaqué au sortir de la taverne, alors que je pensais reprendre ma route... Une vague de rage incontrôlable déferla sur moi au même moment qu’un torrent de haine... Cette fois, j’avais la chance d’être bien plus forts que tous ces misérables réunis ! J’allais enfin pouvoir les envoyer, là d’où je venais !

« Qu’est donc ! Je croyais que nous t’avions tué ! »
« Bâtard ! »
« Défends-toi, rustre ! Nous t’avons battu une fois et nous te battrons encore ! »
C’était les paroles que venaient de prononcer ces imbéciles, juste avant que ma lame ne leur coupe les membres... Quelle joie ! Quelle enivrante joie que d’entendre leurs hurlements tandis que je leur tranchais les bras et les jambes. Les ricanements qui avaient vite laissé place aux cris d’agonie resteraient à jamais gravés dans ma mémoire... Pour l’heure, je ne voulais que tuer, tuer encore, et encore ! Alors que je venais d’achever les premiers qui avaient osé de défier, il en sortit cinq autres de derrière les arbres, s’étant aperçu de l’infortune de leurs compagnons. Oui, ma soif de sang n’était pas encore apaisée ! Ma faim de chair humaine déchiquetée n’était pas encore comblée ! Il devait encore y en avoir d’autres, d’autres victimes prêtes à être écorchées vives... Je tranchais la tête de deux de ces marauds à la suite alors que leur épée semblait bien trop lourde pour m’atteindre... Je me faisais un festin du sang déversé au milieu même du combat, le liquide de vie venait m’abreuver et me guérissait presque instantanément de la moindre égratignure et de l’acidité de la pluie ! J’empalais le troisième sur ma lame puis la remontais d’un coup sec, ouvrant le corps en deux du ventre au sommet du crâne... J’entendis le dernier prononcer quelques mots, avant que mon épée ne dévoile le contenu de ses entrailles à tout le monde :
« Quel sortilège est-ce donc ? »
Le combat était terminé, et j’étais complètement repu. Je me surpris à sourire, face à ce qui était maintenant un amas de sang et de viscères, parfois encore palpitantes... Et pourtant, pourtant, dans cette vision, je ne pus trouver de réconfort, seulement de la malice et une certaine délivrance. Oui, car il n’existait pas plus grande délivrance que celle de la vengeance accomplie. Mes assassins étant morts, ma quête était achevée.
Ne pensant pas encore à ce que j’allais devenir, je me remis à marcher, sans doute, pendant une heure encore, au travers de la forêt.
Cependant, sur ma route, je fus à nouveau interrompu par la voix du Nécromancien dans ma tête. Elle était faible, et pourtant très claire, mais si faible, que l’instant d’après, je ne savais pas si j’avais réellement entendu cette voix, ou si je l’avais simplement rêvée...
« Ce n’est pas encore fini, Kain ! Ces imbéciles n’étaient que les instruments de ton meurtre. Cherche, du côté de leur maître... Cherche, du côté des Piliers ! Et accède à la forteresse de l’esprit ! »
Ce message passa en moi comme un courant d’air, je l’oubliais même, quand au hasard de mes pas, ceux-ci me conduisirent en un lieu que j’avais déjà vu...
J’aperçus, éclairé par une torche couverte posée au sommet d’un poteau de bois, un panneau, indiquant le prochain village : Ziegsturhl. C’était dans ce coin perdu dans la forêt que mon assassinat sanglant avait eu lieu. Je marchais encore une 20ène de minute, impatient, pour je ne savais quelle raison encore, de revenir dans ce village qui avait scellé ma destinée. Lorsque j’aperçus les premières maisons, je jetais un rapide coup à l’endroit où avait eu lieu mon meurtre... J’ai eu l’impression que si j’avais retrouvé mon corps à sa place, j’aurais pu de quelque manière que ce soit... Mais je ne me faisais pas d’illusion plus longtemps. Mes meurtriers défaits, je n’obtiendrais pas la moindre rédemption...
Malgré l’heure tardive et la pluie devenue plus fine, il y avait encore quelques personnes qui trainaient au dehors de chez elles, des hommes gras et laids adossés contre un mur d’une maison, à fumer une pipe immonde. D’autres plus maigres et habillés de loques, semblant désœuvrés, ou ivres, sortant de la taverne et cherchant leur maison. Je ne ressentis pas vraiment de faim, et malgré l’orgie de sang que ceux qui m’avais tué m’avait offert, une partie de moi en réclamait encore, comme pour être sûr que je n’aurais plus faim avant un bon moment... Après tout, je n’avais aucune raison de faire de faveur, à aucun habitant de ce village... Aucune milice, aucun soldat ne se soucierait d’un tel trou perdu au milieu de nulle part ! Ces gens goûteraient mon épée, et moi, leur sang...

Par ChaoticPesme - Publié dans : Histoire - Odyssée d'un Vampire
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